Home Quels pays ont dépensé la plus grande part de leur PIB pour les Jeux Olympiques d’été ?
Quels pays ont dépensé la plus grande part de leur PIB pour les Jeux Olympiques d'été ?

Quels pays ont dépensé la plus grande part de leur PIB pour les Jeux Olympiques d'été ?

  • Published: 2nd août 2021

Mises en contexte, les dépenses massives du Japon pour les Jeux Olympiques de Tokyo 2020 n’ont pas l’air d’être les plus importantes.

Malgré les promesses de régénération des zones urbaines, de relance du tourisme et de création d’emplois, les économistes ont souligné à maintes reprises que l’organisation de Jeux Olympiques est généralement une perte financière nette. 

Pourtant jusqu’à maintenant, peu de pays ont été aussi malmenés que le Japon qui a vu les Jeux de Tokyo 2020 démarrer avec un an de retard et sans spectateurs. 

Le manque de supporters pourrait ainsi coûter 1,3 milliard de dollars à l’économie japonaise, estime Takahide Kiuchi, économiste à l’Institut de recherche Nomura. De nombreuses entreprises qui s’attendaient à un afflux de touristes seront durement touchées par le contexte inédit de ces Jeux. 

Et alors qu’une étude récente a révélé que que les budgets olympiques sont généralement dépassés de 175 %, les coûts du Japon devraient atteindre 28 milliards de dollars pour un budget initial de 7,3 milliards de dollars (soit un dépassement de 284 % du budget).

Recadrer la narration

Bien sûr, 28 milliards de dollars peuvent être mis en perspective de manières bien différentes ! C’est plus que la taille de l’économie entière de certains pays et environ un tiers du montant dont Jeff Bezos, PDG d’Amazon, a augmenté sa fortune personnelle au cours de la première année de pandémie. 

Pour une puissance économique comme le Japon, ce chiffre n’est en fait pas si choquant si on le compare aux dépenses nationales consacrées aux autres Jeux au cours des 30 dernières années. 

MoneyTransfers.com a examiné les chiffres de Statista concernant le coût de l’organisation des Jeux Olympiques de 1992 à 2021. Nous avons ensuite calculé, à l’aide des données de la Banque mondiale, le pourcentage que représentait ce chiffre par rapport au PIB national du pays hôte de l’époque. 

Sur les huit Jeux organisés au cours des 30 dernières années, le Japon n’est en passe de dépenser que le sixième part la plus importante selon cette mesure, soit 0,55 % de son PIB. 

Et sur les premières marches du podium

Sur le podium des pays ayant généré le plus de dépenses pour l’organisation des Jeux Olympiques d’été vs leur PIB, l’Espagne se hisse à la première place, remportant ainsi la médaille d’or avec les Jeux de Barcelone en 1992. Ce rendez-vous a coûté au pays un montant estimé à 11,1 milliards de dollars, soit 1,76 % de son PIB de 630 milliards de dollars à l’époque (notez que tous les chiffres ont été convertis en USD courants). 

On peut dire que ce n’est pas une si mauvaise chose. Barcelone est souvent citée comme un exemple de ville qui a massivement bénéficié de son statut de ville hôte. Les Jeux ont créé environ 20 000 emplois et, à long terme, ils auraient changé la perception de la ville dans le monde et stimulé les investissements publics dans le sport à l’échelle nationale. 

En deuxième position, on retrouve le berceau des Jeux olympiques, Athènes, avec les Jeux de 2004. La Grèce a dépensé 3,3 milliards de dollars pour accueillir les Jeux, soit 1,58 % de son PIB de 209 milliards de dollars. 

Malheureusement, contrairement à l’Espagne, l’impact économique de ces Jeux de 2004 n’ont pas si bonne presse. Une décennie après cet évènement, de nombreux sites construits à cette occasion se retrouvent à l’abandon. Certains commentateurs ont même avancé que « les Jeux olympiques ont pourri la Grèce » . Aie.

L’Australie a remporté de son côté la médaille de bronze se hissant sur la troisième place du podium des pays les plus dépensiers pour des Jeux Olympiques d’été depuis 1992. Les Australiens ont ainsi dépensé 5,7 milliards de dollars pour Sydney en 2000, pour un PIB de 415 milliards de dollars (soit une part de 1,58 %).

Le verdict sur l’impact de ces Jeux pour les Aussie est ici un peu plus mitigé. Une analyse soutient que les Jeux n’ont laissé aucun héritage touristique notable et que, puisqu’ils se sont déroulés pendant une période de faible taux d’emploi en Australie, les emplois nouvellement créés ont eu peu d’impact. Mais le Comité international olympique a de son côté (sans surprise) indiqué des chiffres estimant que les Jeux ont entraîné une augmentation du PIB de 4,8 à 5,3 milliards de dollars pour le pays.

Et en fin de classement…

En ce qui concerne le bas de la liste de nos pays dépensiers, il n’est peut-être pas si surprenant que l’organisation des Jeux d’été ait été une goutte d’eau dans l’océan du PIB des deux plus grandes économies du monde.

Les JO d’Atlanta en 1996 ont coûté aux États-Unis un modeste 4,8 milliards de dollars, ce qui ne représentait que 0,06 % de son PIB de 8 000 milliards de dollars cette année-là. La Chine a poussé le bouchon un peu plus loin, dépensant 7,7 milliards de dollars pour Pékin en 2008, mais cela ne représentait encore que 0,17% du PIB au milieu de sa croissance économique annuelle stupéfiante depuis l’an 2000.

Au milieu de notre liste se retrouvent au coude-à-coude le Brésil et le Royaume-Uni, deux pays qui ont dépensé des sommes similaires pour leurs Jeux et qui figurent tous deux parmi les 10 plus grandes économies du monde. Pour le Brésil, les dépenses de 15,6 milliards de dollars pour les Jeux de Rio 2016 équivalaient à 0,87 % du PIB, tandis que pour le Royaume-Uni, le coût de Londres 2012 s’élevait à 17,1 milliards de dollars, soit 0,63 % du PIB.

Ci-dessous, vous pouvez explorer toutes les données et réorganiser le classement par coût des Jeux, PIB ou Jeux en pourcentage du PIB.

Au delà du PIB

Est-il juste de dire que le gonflement du budget des Jeux de Tokyo n’est pas si dramatique étant donné le coussin économique sur lequel il peut s’appuyer ?

Joshua Hausman, professeur associé de politique publique et d’économie à la Gerald R. Ford School of Public Policy de l’Université du Michigan, commente :

« Si la part des dépenses en pourcentage du PIB sont certainement plus faibles lorsque les Jeux Olympiques se déroulent dans une grande économie par rapport à une économie plus petite, il est difficile de juger de l’ampleur de l’impact économique global des Jeux Olympiques. »

« Il y a de nombreux effets possibles au-delà des dépenses directes. Il y a non seulement le tourisme généré par les jeux eux-mêmes, mais aussi le tourisme futur qui pourrait être inspiré par la couverture télévisée des jeux. Il y a aussi des effets possibles sur les sentiments des consommateurs et des entreprises. »

Judith Grant Long, professeur associé de gestion du sport et de planification urbaine à l’université du Michigan, a déclaré à MoneyTransfers.com:

« Le coût par rapport au PIB permet d’aborder la question de l’accessibilité financière, mais n’apaise pas les préoccupations relatives au coût d’opportunité. »

« 16 milliards de dollars, ce n’est peut-être pas beaucoup d’argent par rapport à l’économie japonaise, mais c’est tout de même beaucoup d’argent qui pourrait être dépensé pour d’autres choses. Même si les recettes d’exploitation et les assurances potentielles compensent une partie de ce coût total, les opposants ont raison de souligner qu’en l’absence des Jeux olympiques, d’autres objectifs de dépenses publiques auraient pu être atteints ou les impôts réduits – ce qui, selon la tendance économique de chacun, aurait pu avoir un impact plus important sur le PIB. »

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